Super Meat Boy 3D sur Nintendo Switch 2 est un platformer aussi brutal que précis, qui transpose la formule culte en pleine 3D sans perdre son identité. On y retrouve ce bon vieux Meat Boy, toujours lancé dans une course suicidaire à travers des usines infernales pour sauver Bandage Girl des griffes de l’abominable Dr. Fetus. Rien de révolutionnaire sur le papier, mais parfois, rester simple fait du bien – même à un vieux grincheux comme moi.
La première chose qui frappe, c’est la nervosité du gameplay. Meat Boy répond au quart de tour, avec des accélérations sèches, des changements de direction vifs et des sauts muraux qui s’enchaînent sans temps mort. La grande nouveauté, c’est le dash aérien, qui permet d’ajuster une trajectoire en plein vol, de rallonger un saut ou de foncer d’un mur à l’autre. Les niveaux sont clairement pensés autour de ce mouvement supplémentaire : plus on l’apprivoise, plus on commence à voir des routes “cachées”, des lignes de course qui rappellent ces vieux jeux où le vrai plaisir commençait une fois le niveau “appris”, pas juste traversé.
Le passage à la 3D change vraiment la façon de lire les stages. Chaque niveau reste faisable en une vingtaine de secondes en théorie, mais la profondeur ajoute une couche de difficulté : un piège peut être légèrement décalé dans l’espace, un rebord n’apparaît clairement qu’en bougeant un peu la caméra, et les meilleures trajectoires demandent d’anticiper ce qu’on ne voit pas encore. On oscille alors entre die & retry pur jus et réflexion sur la meilleure ligne à suivre, comme si chaque salle était un mini circuit à mémoriser. Ceux qui ont connu l’époque où l’on dessinait les maps sur du papier millimétré ne seront pas trop dépaysés, même si ici, tout se joue au stick plutôt qu’au crayon.
Sur Switch 2, le jeu s’appuie sur la puissance de la machine pour rester fluide. En mode docké, il tourne à 60 images par seconde la grande majorité du temps, ce qui est indispensable pour un titre aussi exigeant sur les timings. La lisibilité profite de silhouettes bien contrastées et de pièges clairement identifiables, ce qui évite de se sentir piégé par un détail planqué dans le décor. En portable, la fréquence d’images peut parfois descendre un peu, mais reste suffisamment stable pour qu’on garde le contrôle, même dans les sections les plus tendues. On enchaîne les tentatives sur le canapé, dans le lit ou dans le train, et le fameux “allez, une dernière” finit souvent en demi-heure de plus.
Techniquement, Super Meat Boy 3D modernise l’esthétique sans la lisser complètement. On retrouve ces usines rouillées, ces machines absurdes et ce sang stylisé qui repeint joyeusement les murs à chaque échec. C’est crade, mais lisible, ce qui n’est pas un mauvais résumé de toute une époque de jeux de plateforme. Les effets ne saturent pas l’écran, les scies et autres saloperies mécaniques restent bien visibles, et on comprend en un coup d’œil ce qui va nous tuer. La bande-son, de son côté, soutient bien l’action avec des thèmes énergiques qui poussent à relancer une tentative, même après une série de morts humiliantes.
La courbe de difficulté est plus progressive que dans le tout premier Super Meat Boy, ce qui n’est pas un mal. Les premiers mondes servent d’initiation à la 3D et au dash, avec des niveaux qui pardonnent un peu plus les approximations. Mais une fois ce sas passé, le jeu ne fait plus vraiment de cadeaux : mécaniques combinées, timings serrés, Dark Worlds plus cruels et objectifs de temps qui laissent très peu de marge. Les joueurs qui aiment se faire punir gentiment y trouveront largement de quoi s’occuper, surtout s’ils visent le 100%. Les autres découvriront qu’il y a une différence entre “finir un niveau” et “le finir proprement”… différence que certains d’entre nous connaissent depuis l’ère 16 bits.
En termes de contenu, la campagne principale est déjà bien fournie, mais c’est la rejouabilité qui fait tout le sel du jeu. Entre les variantes plus difficiles des niveaux, les secrets planqués dans des recoins vicieux et la chasse aux meilleurs chronos, on revient sans cesse sur des stages déjà terminés pour tenter une nouvelle route ou un run plus propre. On retrouve ce plaisir un peu masochiste de recommencer encore et encore, jusqu’à ce que les doigts fassent la chorégraphie tout seuls. Pour un vétéran qui passe encore ses soirées à organiser des sessions rétro, il y a quelque chose de familier et de rassurant là-dedans : oui, les jeux ont changé, oui, la 3D est passée par là… mais quand un platformer sait être exigeant, clair et satisfaisant, le temps a finalement peu d’importance.
Super Meat Boy 3D sur Nintendo Switch 2 ne révolutionne pas le genre, mais signe un retour solide et terriblement accrocheur. Il réussit à prendre une formule déjà culte, à lui ajouter une dimension de plus et à rester suffisamment lisible et précis pour ne pas trahir son héritage. Les nostalgiques grincheux comme moi y verront peut-être moins un “nouveau classique” qu’un très bon élève respectueux de ses aînés, mais pour être honnête, c’est déjà largement plus que ce que beaucoup de remakes et “relectures modernes” arrivent à faire aujourd’hui.
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