Il y a des jeux qui vous expliquent tout pendant trois heures, vous félicitent d’avoir ouvert un coffre et vous demandent régulièrement si vous avez bien pensé à respirer. Et puis il y a Dragon Quest Heroes: Torneko’s Mystery Dungeon -Classic HD-. Un jeu de 1993 remis sur pied par Square Enix, arrivé le 9 septembre sur Nintendo Switch et Nintendo Switch 2, qui vous laisse entrer dans un donjon, ramasser une épée, puis mourir parce que vous avez pris une mauvaise décision avec l’assurance d’un héros de salon.
À l’époque de la Super Famicom, je n’avais pas eu la chance de jouer à cette curiosité : elle était restée au Japon, comme beaucoup trop de bonnes choses dans les années 1990. Cette version marque donc sa première sortie officielle en Occident. Et, malgré le mot « Classic HD », il ne s’agit pas d’un remake qui veut faire croire qu’un vieux jeu est né hier. C’est un remaster qui respecte l’original, avec une image retravaillée, une nouvelle introduction et quelques ajustements de confort. C’est probablement la bonne approche : on ne repeint pas un vieux donjon avec trois néons et deux effets de profondeur, en espérant que les rats disparaissent.
Le principe est simple, en théorie. Torneko, le marchand de Dragon Quest IV, rêve d’ouvrir la plus grande boutique du monde. Pour y parvenir, il descend dans des donjons dont la disposition, les objets et les monstres changent à chaque tentative. Il faut récupérer des trésors, survivre, ressortir vivant et utiliser ses gains pour développer son commerce. Sur le papier, c’est du roguelike avant que le terme ne devienne une étiquette collée sur tout jeu possédant une porte et un ennemi aléatoire.
Chaque action compte comme un tour. Torneko avance d’une case, le monstre avance aussi. Il attaque, le monstre réagit. Il fouille son sac, le monstre ne va pas gentiment attendre qu’il ait fini de comparer ses potions. Cette règle est d’une simplicité admirable et elle donne au jeu toute sa tension. On comprend très vite qu’une porte ouverte trop tôt, un objet utilisé sans réfléchir ou un couloir emprunté par excès de confiance peuvent suffire à transformer une bonne expédition en enterrement viking, mais avec moins de casque et davantage de pains moisis.
Le cœur du jeu reste son imprévisibilité. Une partie peut vous offrir l’arme parfaite dès les premiers étages, puis vous envoyer contre une créature que vous n’aviez pas anticipée. Une autre peut commencer de manière pénible et finir par une remontée miraculeuse grâce à un objet oublié au fond du sac. C’est parfois cruel, souvent injuste en apparence, mais rarement arbitraire : le jeu punit surtout les habitudes prises trop vite. Oui, il faut apprendre. Oui, cela demande de recommencer. C’était comme ça avant, les enfants, et nous avons survécu sans trophée de participation.
Cette nouvelle édition améliore la lisibilité avec des graphismes remis en haute définition, sans effacer complètement l’aspect ancien de l’aventure. Le résultat ne rivalise pas avec les gros remakes HD-2D de Square Enix, mais ce n’était pas l’objectif. Torneko conserve sa silhouette ronde, ses décors colorés et ce charme très particulier des premiers Dragon Quest. Sur Nintendo Switch 2, l’image est propre et confortable, en portable comme sur téléviseur. Il ne faut pas s’attendre à une démonstration technique : le jeu vient d’une Super Famicom, pas d’un laboratoire secret caché sous Kyoto.
Les améliorations de confort annoncées sont bienvenues, notamment parce qu’elles rendent l’expérience plus abordable sans lui retirer son mordant. Ce remaster reste toutefois fidèle à son époque et demande de la patience. Il ne faut pas le lancer en espérant une aventure scénarisée avec des cinématiques toutes les dix minutes. Torneko’s Mystery Dungeon est un jeu de systèmes, de réflexes et de petites décisions. Son plaisir vient de cette phrase que l’on se répète après chaque défaite : « Bon, j’aurais dû voir venir le coup. »
Attention enfin à un détail important pour les joueurs français : malgré une disponibilité internationale inédite, le jeu ne propose pas de textes français. La version européenne inclut l’anglais et le japonais. C’est dommage pour un titre qui repose beaucoup sur la compréhension de ses objets et de ses mécaniques, même si l’anglais employé reste globalement accessible à qui a déjà fréquenté les menus d’un jeu de rôle.
Dragon Quest Heroes: Torneko’s Mystery Dungeon -Classic HD- n’est pas un jeu pour ceux qui veulent être rassurés à chaque pas. C’est une pièce d’histoire, le premier volet de la famille Mystery Dungeon, remis à disposition avec suffisamment de soin pour être joué aujourd’hui. Il est exigeant, parfois rugueux, mais terriblement attachant. Et surtout, il rappelle qu’avant de remplir des cartes avec des icônes inutiles, les jeux savaient parfois faire beaucoup avec un donjon, un sac trop petit et un marchand qui n’avait pas peur de rentrer chez lui les poches vides.
Retrouvez ci-dessous quelques runs du Kabuki :
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