SHINONOME ABYSS: The Maiden Exorcist sur Nintendo Switch est né dans les coulisses de WODAN, un studio japonais qui aime manifestement quand ses donjons gardent une rancune tenace, et arrive chez nous sous la houlette de Kadokawa, qui continue de servir de refuge à ces expériences horrifiques un peu trop singulières pour les vitrines bien éclairées. On y suit Yono, une jeune prêtresse envoyée dans une succession de manoirs labyrinthiques pour retrouver son frère exorciste disparu, au milieu de Mononoke qui préfèrent user vos nerfs que votre barre de vie. Ce n’est pas un train fantôme tape-à-l’œil, mais une maison qui vous observe, prend note de vos hésitations et installe la peur dans les blancs, entre deux portes et deux respirations.
Ici, la peur ne vient pas de ce que vous voyez tout de suite, mais de ce que vous devinez à peine. Chaque nouvelle pièce est un pari : quelques indices sonores, un frottement, un souffle irrégulier, un grincement qui revient, et vous devez décider si vous avancez, si vous posez un piège, ou si vous reculez en espérant que le manoir ne prendra pas ce repli pour une faiblesse. Le gameplay repose sur cette gestion de l’inconnu : transformer l’espace en arme, préparer la salle avant d’y entrer, détourner le décor pour en faire une zone de contrôle plutôt qu’un simple fond d’écran. Plus on comprend les comportements des Mononoke, plus on se surprend à anticiper leurs réactions… et plus la moindre erreur devient lourde, parce qu’on sait exactement à quel moment on a trahi sa propre stratégie.
La structure du jeu accentue cette tension feutrée. Les différents modes ne sont pas qu’une question de difficulté : le mode centré sur l’histoire installe une progression, des requêtes à résoudre et une lente descente dans les secrets de ces maisons impossibles ; les donjons aléatoires servent de laboratoire, où l’on teste les systèmes à nu ; les défis plus extrêmes poussent à voir jusqu’où l’on accepte d’être mis à nu par le hasard et la pression. On apprend à lire les manoirs comme un texte mouvant, à reconnaître un motif sonore, une respiration, un schéma de déplacement, jusqu’à ce que chaque salle ressemble à un petit exercice de thèse en gestion de risque. C’est typiquement le genre de jeu qu’on lance casque sur les oreilles, lumière éteinte, juste pour vérifier si l’on est vraiment aussi à l’aise avec l’horreur qu’on le prétend en stream.
Visuellement et sur le plan sonore, le jeu privilégie l’étrange au spectaculaire., SHINONOME ABYSS privilégie l’étrange au spectaculaire. Les manoirs respirent un folklore japonais légèrement disloqué, avec des silhouettes de yôkai à la fois familières et décalées, des couloirs qui semblent se réorganiser derrière nous, des pièces où le silence pèse plus lourd qu’un hurlement. Le son devient l’axe principal : chaque bruit est un indice, une menace possible, un mensonge peut-être. On progresse moins avec les yeux qu’avec les oreilles, en tentant de démêler ce qui est réellement dangereux de ce qui ressemble à un simple craquement de bois — et quand on se trompe, la maison se charge de corriger notre interprétation. Pour quelqu’un qui passe ses nuits à traquer le moindre souffle suspect dans un casque fermé, c’est un terrain de jeu presque trop confortable.
Sur Switch, le rythme lent et méthodique s’accommode bien du format nomade, mais le jeu révèle son vrai visage lorsqu’on accepte de lui laisser toute la place : pas de bruit de fond, pas d’écran secondaire, juste ces maisons qui chuchotent et cette héroïne qui avance à petits pas. C’est là que SHINONOME ABYSS: The Maiden Exorcist fonctionne le mieux : non pas comme un festival de jumpscares, mais comme une expérience d’alerte continue, où chaque décision est une négociation entre la curiosité et la peur de ce qu’on va trouver de l’autre côté de la porte. Pour celles et ceux qui aiment que l’horreur se loge dans les interstices plutôt que dans les explosions de gore, c’est un de ces jeux qui ne font pas forcément crier sur le moment, mais qui reviennent hanter l’esprit un peu plus tard, quand on éteint vraiment tout.
Retrouvez ci-dessous notre vidéo maison de gameplay:
No Comment! Be the first one.