Je vais être franc : Brigandine Abyss ne vous prend pas par la main. Il vous donne une carte remplie de territoires, quelques généraux, des monstres à recruter et assez de menus pour occuper un dimanche pluvieux, puis il vous regarde vous débrouiller. C’est un jeu de stratégie comme on en faisait avant : rugueux au départ, patient dans son rythme, mais plutôt gratifiant quand on commence enfin à comprendre comment tout s’emboîte.
La licence Brigandine a toujours été à part dans le tactical RPG. Depuis le premier épisode sur PlayStation, le but n’est pas seulement de réussir une mission après l’autre. Il faut conquérir un continent, surveiller ses frontières, organiser les troupes et accepter qu’une victoire sur le terrain ne sert pas à grand-chose si personne ne peut défendre la région conquise derrière. Les fans de Legend of Runersia retrouveront cette idée de guerre à grande échelle, avec davantage de campagnes et de possibilités de gestion.

L’histoire se déroule sur le continent de Meltitea, plongé dans le chaos après l’assassinat du roi de Solginat et la montée de l’empire Abyssloa. Le mode Histoire propose six factions, chacune avec ses chefs, ses objectifs et sa position sur la carte. Ce n’est pas le récit le plus marquant du genre, mais il donne du contexte à chaque campagne et justifie bien les différences de départ. Selon la faction choisie, vous ne démarrez pas avec les mêmes unités, ni les mêmes voisins prêts à vous tomber dessus.
Le vrai travail commence entre les combats. Il faut recruter, entraîner, équiper, améliorer ses territoires et répartir les armées. Chaque saison impose des compromis : une unité envoyée chercher des ressources ne sera pas là pour défendre une frontière. C’est souvent là que le jeu peut sembler difficile, surtout si l’on veut tout conquérir immédiatement. LeKabuki76 a voulu prendre trois régions avec une armée de gobelins et un général enrhumé ? Étonnamment, l’empire ne s’est pas étendu tout seul.
Les affrontements se jouent sur une grille hexagonale, avec des escouades composées d’un chef et de plusieurs créatures. Le terrain, les attaques de flanc et les zones de contrôle sont importants, mais il faut avant tout protéger les commandants. Lorsqu’un chef tombe, toute son escouade peut quitter le champ de bataille. Le système Rally permet aussi de retirer une créature pour offrir des bonus à son leader ou éviter une perte inutile. Ce n’est pas une mécanique spectaculaire, mais elle peut sauver une bataille lorsqu’elle est utilisée au bon moment.

La difficulté reste parfois inégale. Une armée mal préparée ou une frontière oubliée peut transformer une saison tranquille en catastrophe, mais certaines batailles deviennent beaucoup plus simples dès qu’on vise les chefs ennemis trop exposés. L’intelligence artificielle n’est pas toujours très fine sur ce point. Et à force de voir des généraux adverses se jeter devant leurs troupes, même LeKabuki76 pourrait finir par décrocher une victoire tactique. Bon, il faudra peut-être lui dessiner une flèche sur la carte, mais l’intention est là.
Le principal défaut du jeu reste son rythme. Les cartes sont grandes, les unités prennent du temps à rejoindre l’ennemi et une saison peut enchaîner plusieurs affrontements. À la longue, les combats deviennent répétitifs. Le mode Mission permet heureusement de jouer les 24 factions et propose des objectifs plus variés, ce qui pousse à revoir ses habitudes et donne davantage de valeur à l’ensemble.

Sur Switch 2, Brigandine Abyss est propre, mais la réalisation reste modeste. Les portraits des personnages, la direction artistique anime et la musique donnent du caractère à l’univers. En revanche, les animations de combat sont simples et la mise en scène manque parfois de vigueur. Le jeu tourne à 30 images par seconde, avec une fluidité stable, mais on aurait apprécié une présentation plus ambitieuse sur la console.
Brigandine Abyss est un jeu dense, lent et parfois intimidant, mais il possède ce charme un peu oublié des jeux de stratégie qui demandent du temps. Il ne plaira pas à tout le monde, notamment à ceux qui veulent une campagne rapide ou une histoire constamment au premier plan. Mais si vous aimez préparer vos armées, protéger vos frontières et savourer une victoire construite plusieurs saisons à l’avance, il y a ici de quoi passer de longues heures à faire tomber des empires.
Ci-dessous notre vidéo de gameplay:
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