J’ai toujours eu un faible pour les jeux qui transforment les tâches les moins glamour en obsession parfaitement assumée. Dans Graveyard Keeper 2, on ne sauve pas le monde avec une épée magique : on répare des tombes, on traite des cadavres, on améliore une exploitation funéraire et, quand le travail commence à devenir trop lourd, on confie la production à des zombies. C’est macabre, très drôle par moments, et bien plus agréable à prendre en main que le premier épisode.
Développé par Lazy Bear Games et édité par tinyBuild, ce second volet reprend le principe du simulateur de gestion en l’élargissant. Le gardien doit à nouveau s’occuper d’un cimetière délabré, mais son quotidien déborde largement des grilles du lieu. Il faut reconstruire une ville, satisfaire ses habitants, débloquer des ateliers, fabriquer des ressources et se mêler à une histoire où l’absurde côtoie volontiers le surnaturel. L’humour noir reste présent, avec ce ton particulier qui permet de parler de cadavres, de profits et de travail forcé sans jamais devenir réellement sinistre.
La boucle de jeu est redoutable. On commence avec une tâche simple, qui réclame une ressource, qui exige à son tour un outil, qui demande enfin une installation que l’on n’a pas encore construite. Sur le papier, cette accumulation pourrait vite devenir étouffante. Dans les faits, elle donne à Graveyard Keeper 2 ce petit côté dangereux : on veut seulement préparer quelques matériaux avant de quitter la partie, puis une nouvelle amélioration apparaît et l’on se retrouve une heure plus tard à organiser une chaîne de production autour de trois zombies et d’un atelier qui n’avait absolument pas besoin d’être aussi optimisé.
Cette suite améliore toutefois le confort de jeu. Les déplacements, l’accès aux différentes zones et la gestion des activités répétitives sont mieux pensés. Surtout, les zombies peuvent automatiser progressivement une partie du travail. Ils ne sont pas là uniquement pour meubler l’ambiance : ils récoltent, transportent et participent à la production, ce qui permet de consacrer davantage de temps aux quêtes, à l’exploration et à l’agrandissement de son domaine. Pour un jeu bâti sur l’empilement de systèmes, cette automatisation fait une vraie différence.
Le titre ne devient pas pour autant un jeu de gestion paresseux. Il faut apprendre à lire ses menus, comprendre les recettes, prévoir ses besoins et accepter qu’une activité en apparence anodine déclenche parfois une série de corvées imprévues. C’est une proposition dense, qui ne plaira pas à celles et ceux cherchant une simulation douce et sans contrainte. Ici, même les moments tranquilles ont souvent quelque chose d’inquiétant : on sait qu’un nouveau problème administratif, une demande absurde ou un corps mal placé attend quelque part.
Sur Nintendo Switch 2, le jeu trouve un support logique. Sa direction artistique en pixel art donne du caractère à ses décors, à ses villageois et à ses ateliers, sans chercher à embellir inutilement la crasse ou la bizarrerie de son univers. La version se montre fluide et confortable, y compris lorsque la base commence à accueillir de nombreuses installations et plusieurs travailleurs morts-vivants. Le mode portable convient particulièrement bien à sa structure : on peut avancer sur une série de petites tâches, puis se laisser embarquer dans une session beaucoup plus longue que prévu.
La suite ajoute aussi des enjeux qui dépassent la simple gestion quotidienne, avec des affrontements reposant sur une armée de zombies. L’idée aurait pu sembler artificielle, mais elle s’inscrit dans le goût du jeu pour les solutions douteuses à des problèmes de plus en plus larges. Cela ne transforme pas Graveyard Keeper 2 en jeu d’action, mais cela évite que la progression se limite exclusivement à améliorer des bâtiments et à optimiser des ressources.
Graveyard Keeper 2 conserve l’humour noir, la gestion minutieuse et le plaisir un peu coupable qui faisaient le charme du premier épisode, tout en rendant l’ensemble plus vaste et plus fluide. Il demande de la patience, un goût certain pour les systèmes imbriqués et une tolérance aux corvées qui se multiplient, mais il récompense très bien les joueurs qui aiment comprendre, optimiser et transformer un petit cimetière délabré en entreprise parfaitement réglée. Les zombies restent une solution moralement douteuse, naturellement, mais rarement une solution aussi efficace — et c’est précisément ce qui donne envie d’y retourner.
No Comment! Be the first one.