Je vais vous faire une confession : les jeux de survie, c’est généralement pas mon truc. La boucle farming-crafting-dodo, très peu pour moi. Alors quand on m’a mis Smalland: Survive the Wilds entre les mains — développé par Merge Games, édité par Maximum Entertainment, disponible sur l’eShop depuis le 14 mai 2026 — mes lunettes à réalité augmentée ont levé un sourcil sceptique. Quelques dizaines d’heures plus tard, j’ai des sentiments mélangés, mais je n’ai pas pu m’arrêter. Et ça m’énerve un peu.
Le contexte narratif est immédiatement accrocheur : les géants — autrement dit les humains — ont disparu. Après des siècles passés sous terre, les Hominis, une espèce minuscule, remontent enfin à la surface pour la reconquérir. Vous faites partie de l’avant-garde. Un brin d’herbe devient une forêt, une voiture abandonnée un monument colossal, et une tarentule… un vrai cauchemar. Ce changement d’échelle est le moteur émotionnel du jeu, et il fonctionne vraiment — le genre de sensation qui me rappelle pourquoi j’aime ce médium.
La boucle de survie est complète : escalade d’arbres aussi grands que des gratte-ciels, exploration de bâtiments dévastés, fabrication d’équipements, gestion de la faim, de l’endurance et de la température face à une météo dynamique qui peut virer à la tempête mortelle sans prévenir. Votre personnage se développe sur cinq statistiques — PV, endurance, attaque, vitesse, intelligence — et dispose d’un arsenal varié : hache, lance, arc, sarbacane, chacun avec son propre rythme de combat. Les affrontements demandent une vraie alternance entre attaque et esquive, et les boss constituent des épreuves spectaculaires qui testent tout ce que vous avez appris.
La vraie révélation du jeu — et ce qui m’a définitivement accrochée — c’est le système de familiers. Récupérez des œufs sur les créatures vaincues, incubez-les dans votre base tout en repoussant les hordes qui tentent de les détruire avant l’éclosion, et vous débloquez des compagnons de combat qui peuvent devenir des montures. Sauterelle pour bondir sur de grandes distances, oiseau pour survoler les arbres, araignée pour se faufiler dans les broussailles — chaque monture ouvre de nouvelles façons de traverser le monde. Composer son équipe dans la limite de 100 points de capacité ajoute une vraie couche stratégique que le game designer en moi a adoré triturer dans tous les sens.
Sur Switch 2, le jeu tient globalement la route malgré des concessions graphiques visibles. En extérieur, la carte immense tourne sans accroc majeur, même si les textures manquent parfois de netteté. En intérieur, les performances chutent plus franchement, et les bases construites par le joueur peuvent également souffrir de ralentissements. Le menu de crafting peut planter en pleine session — le genre de petit détail qui finit par agacer sur la durée.
Les défauts s’accumulent et méritent d’être dits clairement. La prise en main est peu intuitive : comptez deux à trois heures d’adaptation minimum, et même après une longue partie, on peut encore se retrouver à tâtonner. Certaines touches se superposent et créent des frictions inutiles. Les compagnons se coincent régulièrement dans le décor aux pires moments. Les quêtes manquent de clarté, la carte est difficile à lire, et les allers-retours incessants entre exploration et base pèsent lourd faute de téléportation. L’histoire et ses personnages sont trop effacés pour créer le moindre attachement — dommage, il y avait matière.
Le multijoueur jusqu’à 10 joueurs en ligne est clairement l’usage idéal — mais il demande une communauté stable, les mêmes visages réunis régulièrement, avec le créateur du serveur connecté en permanence. En solo, l’expérience reste honnête mais plus solitaire qu’elle ne devrait l’être.
Smalland: Survive the Wilds n’est pas le jeu le plus innovant que j’aie testé cette année. Mais il y a quelque chose dans ce monde minuscule — cette façon de transformer le banal en extraordinaire — qui m’a rappelé pourquoi l’expérimentation ludique me fascine autant. Une aventure imparfaite, mais sincère. Et qui se laisse explorer à dos d’oiseau avec un sourire.
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